Le Journal Canadien des Affaires - The Canadian Business Journal: Commission du canal de dérivation du Manitoba Commission du canal de dérivation du Manitoba -------------------------------------------------------------------------------- La vie de Winnipeg est située au fond de la vallée de la rivière Rouge, où la rivière Assiniboine se jette dans la rivière Rouge (connue par ses habitants comme La Fourche). En tant que ville bâtie sur une plaine basse avec une topographie plate et entourée d'eau, Winnipeg, est un emplacement de choix pour les inondations. Au fil des décennies, Winnipeg a subi des inondations dévastatrices pendant lesquelles les citoyens ont été évacués et les coûts des dommages ont dépassé le milliard de dollar. La plupart des Canadiens se souviennent des images de «l'inondation du siècle» en 1997, après que des températures extrêmes aient fait fondre une forte chute de neige, inondant pratiquement tout Winnipeg et Grand Forks, dans le Dakota du Nord. Heureusement, le Manitoba avait déjà construit une voie d’eau artificielle pour le contrôle des inondations —le canal de dérivation de la rivière Rouge — 30 ans auparavant (après une grave inondation en 1950), grâce au premier ministre Duff Roblin. Le canal de dérivation a été bâti pour détourner les eaux de crue autour de la ville et les refouler dans la rivière Rouge, près de Lockport. Bien que la crue de 1997 soit venue près de dépasser la capacité du canal de dérivation, il a fait son travail et sauvé Winnipeg de la destruction complète. L’alerte, cependant, était suffisante pour attirer l'attention du Manitoba. À la suite de l ' « inondation du siècle», la Commission mixte internationale (CMI) a examiné les mesures de protection contre les inondations et a déterminé que si le canal était encore exposé aux mêmes conditions, il échouerait probablement à remplir sa tâche. La CMI a recommandé que l'infrastructure existante soit élargie pour augmenter la sécurité contre les inondations et améliorer la qualité de vie. C'est en 2003 que les gouvernements provincial et fédéral ont finalement annoncé le budget et les mandats du projet. La même année, le Manitoba a créé une corporation, la Commission du canal de dérivation du Manitoba, dont le seul but est de gérer le projet d'agrandissement du canal de dérivation. Ernie Gilroy est le PDG de la commission, chargé de s'assurer que les trois objectifs du projet de cinq ans sont atteints. La construction a officiellement commencé en 2005. Premièrement, le canal de dérivation élargi devra fournir une protection contre les inondations à récurrence de 700 ans au lieu du degré de protection actuel qui s'applique aux inondations à récurrence de 90 ans. Deuxièmement, le projet doit s'inscrire dans un budget de 665$ millions. Troisièmement, le canal de dérivation doit être conçu de manière à ne pas interrompre le transport au Canada dans l'éventualité d'une inondation. En savoir plus sur l'expansion Ce qui peut sembler un projet assez simple (c’est-à-dire creuser un fossé plus grand) se révèle être assez complexe. La première considération est que les inondations sont imprévisibles. Nous savons que si elles se produisent, ce sera au printemps, mais à part cela, des changements climatiques brusques ne sont que ça: brusques. «Une partie de l'organisation du projet d'expansion a été de programmer notre travail de sorte que, d'ici la fin de mars de chaque année, nos sous-traitants soient hors du canal de dérivation, pour qu’il soit disponible pour la protection contre les inondations», dit Gilroy. «Les ponts construits en travers du canal doivent être programmées de façon à ce les piles soient construites en hiver, donc s’il y a une crue au printemps, les travailleurs peuvent poursuivre la construction à partir du tablier des ponts. » La planification est une partie seulement du travail. Gilroy ajoute: «Du côté de l'ingénierie, le canal de dérivation implique de nombreux éléments importants et variés, tels que le déplacement de la terre (27 millions de mètres cubes pour être exact), la conception ou la modification et la construction des routes et des ponts de chemin de fer, des modifications aux lignes d'électricité et aux canalisations d'égoût et la protection de la qualité de l'eau — sans mentionner les mécanismes qui lèvent les barrières pour détourner l'eau des crues. » Une fois terminé, le canal de dérivation aura la capacité de retenir 4000 mètres cubes par seconde. Cela permettra d'accroître la protection contre les inondations pour les résidants de la Ville de Winnipeg, d’East St. Paul et de West St. Paul, protégeant plus de 450 000 Manitobains, 140 000 logements, 8000 entreprises et prévenant plus de 12$ milliards en dommages. Un projet qui est une source de fierté Lorsque la Commission a connu des problèmes de budget, il y a quelques années, l'organisation a demandé davantage de fonds. Les deux gouvernements lui ont dit de retourner à ses planches à dessin et de reconfigurer le projet pour répondre au budget initial. Non seulement la Commission a été en mesure de réorganiser le projet et d’atteindre l'objectif, mais elle a également été en mesure d'intégrer des solutions écologiques dans le processus. « Le canal de dérivation est un projet d’atténuation environnementale et nous sommes très fiers de cela», sourit Gilroy. «Au départ, nous allions élargir et approfondir le canal de dérivation. Nous avons tenu une série d'audiences publiques liées à notre licence environnementale et les gens au nord-est du canal de dérivation étaient préoccupés par la question des eaux souterraines. Lorsque nous avons revu le concept du projet, nous l’avons modifié pour éviter le risque d'endommager l'aquifère. Plutôt que de d'approfondir le canal de dérivation, nous l’avons seulement élargi, ce qui a des avantages considérables pour l'environnement. » En plus d'être sensibilisée à l'environnement, la Commissions démontre aussi une conscience sociale. Voulant une représentation proportionnelle des communautés des Premières Nations, la Commission a mis en œuvre un accord de domiciliation autochtone — une initiative qui est réservée pour les membres de la population autochtone. L’accord de domiciliation a pour but de créer des emplois et des opportunités économiques pour les gens et les entreprises des Premières Nations. «Près de 10 % de la totalité des travaux ont été effectués par des groupes autochtones », a dit Gilroy. « Environ 53$ millions de travaux ont été réalisés par des entrepreneurs autochtones. » Si ces caractéristiques n’étaient pas assez pour rendre les Manitobains fiers, la distinction suivante ajoute la cerise au sommet du proverbial gâteau. Le 4 juillet 2008, le canal de dérivation d'origine et l'expansion ont été reconnus par l’International Association of Macro-Engineering Societies (IAMES) comme l'une des réalisations techniques les plus prestigieuses au monde. Le canal de dérivation était dans la même catégorie que la Tour Eiffel, Stonehenge, le tunnel sous la Manche et le Barrage des Trois-Gorges. « L’IAMES a fait la liste de 16 projets d'ingénierie importants à travers l'histoire du monde», remarque Gilroy. «Et nous sommes l'un d'entre eux. Nous sommes vraiment fiers. Il y a eu plus de terre enlevée pour le canal de dérivation original que pour le canal de Suez. C'était le deuxième plus grand projet de terrassement dans l'histoire, outre le canal de Panama ». Progrès Avec quelques mois seulement pour finir le projet, Gilroy est convaincu qu'il sera terminé à temps et à l’intérieur du budget. « Nous avons deux ponts qui seront terminés à l'automne prochain, six des huit ponts prévus sont déjà complétés», soutient-il. «Quant au canal de dérivation, lui-même, il est à peu près complété maintenant, avec l'exception de certains travaux de réparation au cours de la période hivernale. Nous avons également obtenu une protection contre les inondations à récurrence de 700 ans, au printemps dernier. » «Le travail sur les ouvrages régulateurs d’entrée se poursuivra pendant une autre année, mais cela n'a aucune incidence sur la protection qu’offre le canal de dérivation. En fait, nous avons eu une inondation majeure en 2009 et le canal de dérivation a détourné des milliards de dollars de dégâts», ajoute Gilroy. « Il y a aussi des projets complémentaires, comme les sentiers de randonnée, mais ceux-ci se feront durant l'année. » En ce qui concerne le transport, l'autoroute transcanadienne passe par-dessus le canal de dérivation et restera ouvert, de même que les grandes lignes des voies ferrées du Canadian Pacific et du Canadian National. « Nous avons reconstruit tous ces ponts pour résister à des inondations à récurrence de 700 ans», explique Gilroy. « La nouvelle infrastructure devrait durer environ 75 ans, avec des rénovations mineures dans l'intervalle, à moins que l’on veuille l’agrandir de nouveau. » Le (East Side) chemin à parcourir En ce qui concerne l'avenir de la Commission, il y a un autre projet à entreprendre, dès que l'expansion du canal de dérivation est terminée. « Maintenant que le projet du canal de dérivation approche de sa complétion, le gouvernement a pris la décision de maintenir la Commission afin qu’elle entreprenne un autre projet majeur», dit joyeusement Gilroy. « Nous allons superviser la construction d'une route sur le côté est du lac Winnipeg», poursuit-il. « Il existe 16 communautés des Premières Nations Unies n'ayant pas d'accès routier. Ils utilisent l’avion en été et conduisent sur le lac gelé en hiver. Le Manitoba veut créer un lien entre ces communautés éloignées, donc nous avons commencé l’East Side Transportation Initiative. Le gouvernement a élargi le mandat de la Commission qui est maintenant la Commission du canal de dérivation du Manitoba et de l’East Side Road Donc, c’est ce que nous allons faire pour les années à venir. » À en juger par l'énorme succès du projet d'expansion du canal de dérivation du Manitoba, la Commission s’en sortira très bien.