Aout 09
Les idiots et leurs histoires
Oh, ces idiots sur la Colline. Et les histoires qu’ils essaient de faire avaler aux Canadiens.
Mais ne soyez pas dupes. Comme la chanson des Beatles le suggère :
« La tête dans un nuage, l'homme aux mille voix parlant tout à fait fort. Mais personne ne l'entend jamais .... ils peuvent voir qu'il est juste un imbécile. » (Traduction libre)
Ai-je besoin de vous le rappeler ?
« Ce pays n'entrera pas dans la récession l'année prochaine et mènera les pays du G7. » Ce sont là les mots du ministre des Finances, Jim Flaherty. La date était le 9 octobre 2008. Quelques jours plus tôt, le 6 octobre, le premier ministre Stephen Harper déclarait : « nous n’aurons pas de déficit. »
Mais comme le monde s’enfonçait plus profondément dans la contraction économique la plus sombre depuis la Grande Dépression, comme je l’avais prédit dans ma colonne « Armageddon Économique » presque une année plus tôt, les idiots, qui n’osaient pas prononcer le fameux mot commençant par R essayaient subitement de se sortir du trou.
« Nous pourrions bien être dans une récession technique », admettait le premier ministre Harper le 15 novembre 2008. Et le 23 novembre, son acolyte financier, Flaherty, a finalement prévenu que les nuages sombres de la tempête pleuvaient sur la parade économique du Canada.
Pourtant, ils sont tout de même restés fidèles à leur histoire au sujet de l’absence de déficit et de la création de 190,000 nouveaux emplois d'ici à 2010, pendant qu’ils prêchaient que le Canada était une nation globale qui pourrait résister à une récession.
Maintenant, projetez vous à l'été ?qui était aussi sombre que les nuages de tempête sur les vacances des Canadiens : la promesse d'aucun déficit a été vite détruite avec un trou de 50$ milliards dans les coffres d'Ottawa, alors que les contribuables ont déboursé des milliards pour soutenir des banques et tirer d'affaire des géants de l'auto. On s'attend maintenant à ce que les déficits annuels combinés gonflent à un désespérant 159$ milliards d'ici à 2014. On est bien loin du surplus de 4.2$ milliards que les idiots avaient prédit pour 2012-2013.
Pendant ce temps, l'économie du Canada a perdu 454,000 emplois depuis octobre 2009, poussant le taux de chômage à 8.6 %, le plus élevé depuis 11 ans. En même temps, le nombre de Canadiens collectant AE (l'Assurance d'Emploi) a bondi à un alarmant 55.6%, ou de 278,300 à presque 800,000 Canadiens. Le plus grand nombre de ceux-ci se trouve en Alberta avec une hausse de 16.85% et en Ontario durement frappée par le déclin de l'économie industrielle, avec une hausse de 16%.
Pourtant, les imbéciles ne semblent pas être capables de s’arrêter. Ainsi nous y voici encore: « La récession est finie », déclarent certains de ces mêmes experts politiques qui n'osaient pas prononcer le mot “R” en premier lieu.
D'abord, c'était la Banque du Canada qui déclarait officiellement que la récession est essentiellement finie, prédisant que notre économie commencera à se relever cet été pour mener la plus grande partie du monde industrialisé l'année prochaine, après avoir subit neuf mois de stagnation.
« Nous croyons que l’économie s’améliora ce trimestre », a dit le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney. « Les choses se passent un peu plus vite du point de vue du retour de la confiance et des conditions financières. » La banque centrale du Canada prédit une croissance annualisée de 1.3% pour cette année, alors que le taux d'escompte est à un taux record de 0.25% au moins jusqu'au milieu 2010.
Un taux d'escompte bas rend les emprunts bon marché, ce qui devrait stimuler l'économie. Mais c'est l’enfer pour les aînés qui ont fui la bourse et ont investi leur argent dans des options sécuritaires et offrant des intérêts, alors qu’ils luttent pour empêcher leur pension de partir en fumée avec de plus en plus de dissolutions et d’entreprises s’écroulant.
Un taux d'escompte bas peut aussi expliquer pourquoi le secteur immobilier au Canada connaît des niveaux record, ce mois de juin étant le meilleur enregistré pour le Toronto Real Estate Board. Même à Vancouver, où les projets d'immeuble en copropriété sont ruinés avant même que la pelle s’enfonce dans la terre, le marché présente une augmentation impressionnante.
Qui peut résister à l’achat d’une maison à des prix aussi bas? Ou est-ce que les acheteurs sortent leurs chéquiers avant que l'harmonisation tant détestée de la TPS et la TVQ affecte le marché immobilier, rendant les prix abordables encore plus hors de portée ?
Bien que les maisons évaluées à moins de 400,000$ soient exemptes de la taxe harmonisée qui frappera l’Ontario en juillet 2010, l’Ontario's Building Industry and Land Development (BILD) Association estime que l'harmonisation ajoutera plus de 46,000$ au prix d'une nouvelle maison de 580,000$ à Toronto.
Croyez-moi, à Toronto, une maison de 580,000$ n'est aucunement un manoir.
L'harmonisation fiscale a reçu une opposition véhémente. En fait, pendant un débat animé durant la course au leadership conservateur de l'Ontario, les quatre candidats, incluant l’épouse de Flaherty, Christine Elliott, ont signé une pétition demandant que les leaders reconsidèrent l’harmonisation de la taxe de vente de 8% de l’Ontario avec la TPS de 5%. Cette harmonisation aura pour résultat qu’une foule de services jamais taxés auparavant seront maintenant frappés d’une taxe de 13%.
Les professionnels des histoires à dormir debout veulent vous faire croire que c'est une méchante idée des chefs de province de gauche ou une initiative peu judicieuse des experts d'entreprise, qu'en combinant deux régimes de taxes de vente le cauchemar administratif pour les entreprises diminuera, bien que cela affecte négativement les consommateurs sur lesquels ils comptent pour acheter leurs marchandises et leurs services.
Pourtant, enterré sous les chiffres du budget fédéral sont les 4.3$ milliards que Flaherty a réservés pour l’harmonisation des deux taxes. L’harmonisation a commencé sur la côte est il y a quelques années et est maintenant encouragée d’un océan à l’autre, si bien que même la Colombie-Britannique considére l’idée. La seule province à y échapper est l’Alberta où il n'y a aucune taxe de vente.
La dernière chose dont les Canadiens, déjà surimposés, ont besoin en ce moment sont des taxes plus élevées, bien qu'en toute honnêteté Flaherty ait réduit les taxes, avec le «
Jour de Liberté Fiscale » tombant maintenant au début de juin.
Ce qui nous amène à cela : Est-ce que c’est une autre histoire à dormir debout ou est-ce que les imbéciles en sont-ils venus à la raison ?
Tant Flaherty que Harper avertissent maintenant les Canadiens de ne pas être trop optimistes que la récession est finie, bien que le Conference Board du Canada se soit joint au concert en prédisant que l'économie en mauvais état de l'Ontario augmentera de 3.1% en 2010, après avoir diminué de 3% cette année.
Scotia Economics est aussi optimiste, prédisant que l’Ontario, à une époque le moteur économique du Canada et maintenant une province de déshérités — jouira d’une croissance de 2.2% l'année prochaine.
« Je sais qu'il y a quelques signes d'optimisme », a dit Harper, mais il a mis en garde, « le soi-disant recouvrement est extrêmement fragile à ce point. Nous sommes toujours dans le milieu d'une crise économique globale importante, la plus grande crise économique depuis la Deuxième guerre mondiale. »
Flaherty reflète le sentiment d'Harper. Il est juste trop tôt pour dire que la récession est finie. Pendant ce temps, la dernière carte de récession de Moody's Economy.com a la plus grande partie du globe se noyant dans une mer de rouge, incluant le Canada.
The Economist, commentant la carte du Moody, dit que toute l'Amérique du Nord est dans une récession. En Europe, seules la Norvège, la Slovénie et la Slovaquie ont évité la récession, bien que Moody croit que ces pays sont au bord du précipice. Les petites économies menées par l'exportation de Singapour et de Hong-Kong diminuent, comme la Malaisie et la Thaïlande. Le Brésil et la Russie subissent des baisses. L'Afrique du Sud est aussi en récession.
Les seuls points positifs semblent être la Chine et l'Inde, dit The Economist. Cela pourrait être le côté positif des choses, si ce n’était pour un détail.
La Chine subventionne lourdement beaucoup d'industries, incluant le pétrole, l’industrie automobile, l’exploitation minière et maintenant le dernier engouement. Selon les rapports des médias, l'industrie de granit au Canada est lourdement affectée par les subventions du gouvernement et le travail bon marché en Chine, bien que nous soyons riches en ressources.
Les rapports des médias disent que les prix de production sont si bas et l'assistance gouvernementale chinoise si généreuse, que les entreprises chinoises peuvent acheter le granit de partout dans le monde, incluant le Canada, l'expédier en Chine, le découper en produits finis et l'expédier de nouveau vers le Canada et le vendre encore 40% moins cher.
Ainsi voici mon histoire et celle-ci, j’y crois : si nous devons sortir de ce désordre économique dans notre nouveau monde commercial global, nous avons besoin du commerce équitable. Pas seulement du libre-échange.
Mais c'est une toute autre colonne.
Linda Leatherdale est une des journalistes financiers de confiance au Canada. Elle peut être jointe à lindaleatherdale.com. Elle est également la vice-présidente en marketing et développement des affaires pour Cambria, le manufacturier nord-américain chef de file en produit de quartz naturel. (www.cambriausa.com)





