Octobre 09
Hazel McCallion
Je suis assise à la table d'une femme qui m'impressionne, me demandant quelle différence cela ferait pour le Canada si elle était Premier ministre. Il saute aux yeux que Hazel McCallion, « le plus grand maire sur la face de la terre», bien qu’âgée de 88 ans, a plus d'énergie que bien d'autres de 40 ans et ne montre aucun signe de ralentissement.
« Je me présente pour un autre mandat aussi longtemps que ma tête fonctionne », me dit la mairesse courageuse de Mississauga, son téléphone portable sonnant sans arrêt tout au long de notre repas. Même si elle répond à chaque appel, le cours de ses pensées ne faiblit pas.
Il est aussi intéressant que cette femme puissante soit venue au monde à une époque où les femmes luttaient pour le droit de vote et la liberté de ne plus être considérées comme des citoyens de deuxième classe. Mme McCallion est née le 14 février 1921— quelques années seulement après que le Manitoba soit devenu la première province à accorder le droit de vote aux femmes en 1916, avec d'autres provinces suivant l'exemple de 1916 à 1925. Mais pas sa province natale, le Québec (Hazel est née à Port Daniel, sur la côte gaspésienne du Québec). Ce n'est qu'en 1940 que le Québec a donné le droit de vote aux femmes, et quelques années plus tard, Hazel a déménagé à Toronto, où elle allait rencontrer Sam McCallion, s'installer à Streetsville et donner naissance a trois enfants. Elle réside toujours à Streetsville, bien que Sam soit décédé.
Bien que n'étant pas une féministe pure et dure, il est indéniable que l'ouragan Hazel aurait été à la tête de cette révolution féministe, si elle avait été assez âgée pour s'y joindre. C'est juste son style : se battre pour ce qui est juste.
Aujourd'hui, c'est la crise d'une centrale électrique qui a son soutient. Et dans son style habituel, elle est prête au combat et ne supporte pas les imbéciles. « Répétez-moi cela », demande-t-elle à son assistant, qui vient juste de l’informer que le Ministre de l’Énergie de l’Ontario, George Smitherman, et le Ministre de l’Environnement, John Gerretsen, confirment qu’ils ne viendront pas à la réunion de la mairie du lundi soir, où les citoyens en colère espèrent montrer leur opposition au plan du Premier ministre Dalton McGuinty, de construire une centrale à gaz de 850 mégawatts pour 1$ milliard à Clarkson, dans la juridiction de Hazel. « C’est un suicide politique » déclare Mme McCallion, en préparant un courriel laconique à McGuinty où elle l’avertit que se cacher n’est pas une solution.
À la fin, McGuinty envoie le vice-président des communications de l’Ontario Power Generation, Ben Chin, pour faire face à la colère du peuple. Mais seulement après que Mme McCallion lui ait décoché une flèche, annonçant que médecin hygiéniste en chef de l'Ontario, le Dr Alène King, a accepté d’enquêter sur l’impact sur la santé des gens, alors que la pollution est déjà un problème brûlant dans cette région trop polluée.
Mme McCallion veut que McGuinty mette fin à ce projet. De même que le veut un groupe de citoyens locaux du Mississauga et d’Oakville, qui est tout près. Et ils crachent leur colère face à des compromis qui font surface. L’un vient du maire d’Oakville, Rob Burton, qui suggère qu’il apportera son soutient au plan si deux unités de pollution sont supprimées pour chaque nouvelle unité de pollution produite par la centrale.
« C’est grotesque. Cela défie les lois mathématiques et physiques », se plaint un représentant de MIRANET, une coalition de 25 groupes de citoyens. Elle fait remarquer qu’il y a en ce moment 57 industries dans cette région et même si elles étaient toutes fermées, vous ne pourriez pas réaliser l’échange deux pour un à cause de la pollution venant d’autres sources, comme le trafic aérien et autoroutier.
En attendant, Mme McCallion est catégorique : « Nous ne sommes pas préparés à jouer avec la santé de nos citoyens. » Ce qui différencie Mme McCallion est qu'elle reste fidèle à son instinct et vit par le sens commun, ce qui signifie rester apolitique, peu importe la question
Croyez-moi, dans ses 33 ans comme mairesse, elle a traité de nombreuses questions brûlantes, chacune ayant son propre agenda politique. « Fondamentalement, je suis une Conservateur avec un point de vue Libéral et une conscience sociale, à la recherche de réformes au sein du gouvernement. » explique-t-elle.
Mme McCallion exprime son désappointement que « le sens commun » ait quitté la révolution du sens commun du conservateur Mike Harris pour introduire tranquillement un nombre de politiques imbéciles comme la fusion des villes et la décentralisation des coûts de services sociaux. «Nous nous ne remettrons jamais de la décentralisation » dit-elle.
Mais plutôt que de rechercher l’aumône, Mme McCallion préfère diriger d’une main de fer et se félicite que Mississauga soit sans dettes depuis 1978. En même temps, malgré les défis de l’infrastructure et les batailles à propos de l’utilisation de l’argent de la TPS, Mme McCallion a fait évolue Mississauga d’une petite collection de villes et de village au rang de la sixième plus grande ville du Canada, avec un mélange enviable de secteurs commerciaux, résidentiels, industriels et récréatifs.
« Je pense que nous offrons une bonne valeur pour l’argent de nos taxes, nous dirigeons notre ville comme une entreprise », dit Mme McCallion qui est également de fière de la mairie « sans gaspillage », qui est l’opposé de la ville de Toronto ou l’affichage des dépenses excessives est devenu un sport politique, alors que la dette explose et que les gens sont taxés à mort.
Mme McCallion croit aussi en la démocratie vraie et le gouvernement pour le peuple et par le peuple. C'est pourquoi elle a été le premier maire d'une grande municipalité à soumettre son budget de fonctionnement annuel aux résidents, à leur avis et à leur examen.
Ce qui compte, c’est qu'elle réalise que les deniers publics sont l'argent durement gagné de ses électeurs. « Je dépense l’argent des électeurs comme je dépenserais le mien », dit Mme McCallion qui admet être économe. Elle s’inquiète maintenant de la façon dont l’harmonisation des 5% de la TPS avec les 8% de la TVP de l’Ontario va impacter les familles, alors que la nouvelle taxe de 13% va toucher de nombreux produits tells que l’essence, le carburant de chauffage, les chaussures de sport, l’électricité, les rénovations immobilières, et même les enterrements, quand le TVS va tomber en juillet 2010.
« C’est une mauvaise taxe au mauvais moment », dit-elle, faisant remarquer que l’économie de l’Ontario souffre toujours de la hausse du dollar, de la sévère récession des États-Unis et de la crise des prêts hypothécaires à haut risque et d’une industrie automobile branlante « qui est passée de la fierté de l’industrie mondiale à une province qui n’a rien. » Elle s’inquiète aussi des finances ébranlées des familles, du record de la dette ménagère et des avertissements qu’un seul chèque de paie manquant peut faire basculer beaucoup de familles. Plus proche d’elle, elle trouve absurde qu’après que Mississauga ait permit aux familles les plus pauvres d’avoir accès aux lieux de loisirs, ces frais vont maintenant être touchés par la taxe des 13%.
Quant à notre nouveau monde global, Mme McCallion est une défenseure du «commerce équitable» et pas seulement du «libre échange». Elle comprend que de bons emplois et une classe moyenne saine sont essentiels pour une société démocratique libre capitaliste - pas l'augmentation de l'écart entre les riches et les pauvres par le capitalisme de casino et la cupidité
Donc, je me demande : alors que notre pays s'enfonce plus profondément dans la dette et que des politiciens avides de pouvoir gardent leurs doigts sur la gâchette des élections, que serait le Canada si Hazel McCallion était le premier ministre ? Un endroit plus vivable ? Je parie là-dessus.
Linda Leatherdale est une des voix financières de confiance au Canada. Elle peut être jointe à lindaleatherdale.com. Elle est également la vice-présidente en marketing et développement des affaires pour Cambria (www.cambriausa.com)





