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Plus vite, plus haut, plus fort . . . plus pauvre?

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Les Jeux olympiques ont une longue et riche histoire de prestige, d'athlétisme suprême et de représentation régionale, datant de la Grèce antique au 8ème siècle avant notre ère. C'était une époque plus simple, alors, les Jeux avaient lieu dans la même ville, Olympie, tous les quatre ans. Parce que l'infrastructure était déjà là, les athlètes des villes grecques environnantes voyageaient jusqu’à Olympie pour participer à un éventail d'événements répartis sur cinq jours.
Les Jeux olympiques modernes ont connu de profonds changements dans les événements, les saisons, les règles, les participants et le financement, mais le changement le plus significatif est probablement le caractère international de la compétition.

Les villes du monde entier enteront dans la compétition des années à l'avance pour avoir l'occasion d'accueillir les Jeux olympiques. C'est un honneur, après tout, d'avoir une audience mondiale qui concentre toute  son attention sur un seul pays. Mettre en valeur sa propre histoire et sa culture suscite des sentiments de fierté communautaire et, pour les non-résidents, permet de mieux comprendre comment les autres vivent.

Mais la sensation de glamour et de bien-être associée  aux Jeux ne va pas sans un prix élevé. Outre les incidences sociales — les questions du logement à Vancouver dont nous avons entendu parler— la charge financière peut se chiffrer en milliards. Une fois qu’une ville gagne la compétition pour accueillir les Jeux — un processus qui peut coûter des dizaines de millions de dollars en lui-même— de nouvelles infrastructures et de nouveaux logements doivent être construits, sans oublier l'embellissement de la région, les efforts pour établir une marque, la sécurité et la cérémonie d'ouverture grandiose. Ce qui a commencé comme une série de tournois de sport est désormais une plate-forme mondiale pour la surenchère. Et ce n'est pas bon marché.

L'argument en faveur de dépenser des sommes exorbitantes est que les investissements à long terme sont utiles, rentables même. On cite l'accroissement du tourisme, les nouvelles entreprises et des améliorations essentielles à l'infrastructure. Mais l'Histoire ne supporte pas toujours ces notions, montrant de nombreuses régions qui se sont retrouvées avec une dette considérable.

L'exemple célèbre est celui de Montréal, la ville qui a pris 30 ans pour rembourser ses 1,5$ milliards de dette des Jeux olympiques de 1976. Une autre est Athènes, où les contribuables ont encore du mal à rembourser les milliards dépensés pour les Jeux de 2004, une facture qui a fini par être plus de cinq fois son estimation initiale. Et puis il y a Nagano, au Japon, qui a tant dépensé pour les Jeux d'hiver de 1998, et soulevé tant de soupçons, que les organisateurs olympiques ont brûlé leurs dossiers financiers.

«Éléphants blancs»

Même pour les villes qui affirment être rentrées dans leurs frais, de nouvelles recherches démontrent le contraire. Pour certains hôtes, les coûts annuels d'opérer d'énormes installations sportives mènent à l’endettement. À Sydney, en Australie, par exemple, l'estimation des coûts à long terme est de 2,3$ milliards pour exploiter le Stade Olympique de 90 000 places. Et en 2005 — un an après ses Jeux d'été— Athènes a rapporté que les coûts annuels d'entretien sur les installations olympiques étaient de  124$ millions. Pendant ce temps, la plupart de ces installations restent sous-utilisées.

Ces bâtiments sont ce que Robert Barney appelle des éléphants blancs. Barney est le co-fondateur du International Centre for Olympic Studies à l'Université de Western Ontario et auteur de Selling The Five Rings: The IOC and the Rise of Olympic Commercialism. Comme il l'explique au Toronto Star, un                 « éléphant blanc » est un établissement qui est construit à grands frais et, après sa première utilisation pour un événement particulier, devient de moins en moins utilisé et donc le coût de celui-ci est exorbitant en fonction de ce que ce bâtiment redonne à la société ... Il est assis là, en grande partie vide, en grande partie inutilisé. »

Un troupeau de ces éléphants blancs est disséminé partout dans le monde. Ces bâtiments sont utilisés pour le salon et l’événement sportif occasionnels, mais la plupart ne génèrent pas suffisamment de profits pour couvrir les coûts d’entretien.

Voici les premiers choix de Barney:
• Le stade Nid d'oiseau (Beijing, 2008);
• Complexe olympique Hellinko et Agios Kosmas (Athènes, 2004);
• Parc olympique de Sydney (Sydney, 2000);
• Stade olympique et les Piscines Bernat Picornell (Barcelone, 1992);
• Olpark et le Complexe des sports de Séoul (Séoul, 1988) et
• Stade olympique de Montréal (Montréal 1976).

Pour être juste, il y a des villes qui ont grandement bénéficié de l'amélioration des infrastructures, telles que les routes et les ponts, mais la question demeure de savoir si les Jeux olympiques sont le meilleur moyen pour parvenir à cette évolution. Comme le Dr Carl Winston, directeur du School of Hospitality & Tourism Management du SDSU, déclare: «Si c'était vraiment une bonne idée d'avoir une meilleure infrastructure pendant les Jeux olympiques, pourquoi pas sans eux? »

S’appuyer sur le tourisme

Pour d'autres hôtes des Jeux olympiques, la vague du tourisme ne va pas toujours comme prévu. En fait, il y a eu des moments où l'afflux de visiteurs décourage les habitants de rester dans les parages. En 2002, l’Utah Skier Survey a révélé que près de 50% des non-résidents resteraient loin de Salt Lake en raison des foules et des prix plus élevés. Un autre sondage à Barcelone a montré qu'un sixième des habitants de la ville prévoyaient de voyager pendant les Jeux olympiques de 1992.

Dans d'autres cas, les villes d'accueil basent leurs chiffres sur l'espoir que les touristes reviendront indéfiniment, ce qui n'arrive pas toujours, ou les revenus anticipés du tourisme ne sont pas ce que la ville avait prévu. Après les Jeux olympiques d'Atlanta — dont on dit qu'ils sont rentrés dans les frais — une étude économétrique a constaté des changements insignifiants dans la vente au détail, la location de chambres d'hôtel et le trafic à l'aéroport. Même si les taux d'hôtel ont augmenté au cours de l'événement, ces bénéfices se sont retrouvés au siège de la chaîne d'hôtels, situé dans d'autres villes.

Fait intéressant, Atlanta a la réputation d'être les  Jeux olympiques de plus de mauvais goût, ce qui montre qu'il n’y a pas de gagnants. Une ville qui a été sciemment disciplinée avec son budget est accusée d'être de pacotille.

Une fois seulement

Considérant le tableau moins qu’idyllique de ce que les Jeux olympiques peuvent faire à une ville économiquement, pourquoi s’acharner à les accueillir? Le sociologue Dr. Rob VanWynsberghe de l’Université de la Colombie-Britannique, est le chercheur principal de l'étude d'impact social des Jeux olympiques, en particulier les Jeux de Vancouver 2010. À son avis, cela a beaucoup à voir avec la gloire. « L'attention que les Jeux suscitent est vraisemblablement à l'origine des candidatures  internationales pour les Jeux olympiques», dit-il. «C'est ce que toute la littérature nous dit. »

Mais est-ce que toute l'excitation est suffisante pour abandonner la gestion financière responsable? VanWynsberghe répond en disant que «les citoyens se font du souci avec l'augmentation des coûts, mais en ce moment les gens passent un bon moment. [À Vancouver], c'est février et c'est agréable et ensoleillé, c'est une grande fête. Je crois qu'il y a un facteur de bien-être en cause et qu'il est mesurable. « Comme une mariée avant son mariage, les villes hôtes attendent l'attention et l'héritage de leur journée spéciale (s), apprécient une fête qui n’arrivera qu’une fois et ignorent la facture imminente jusqu'après la lune de miel.

Vancouver 2010

Parlant de Vancouver, comme les Jeux d'hiver de 2010 se terminent plus tard ce mois-ci, les Canadiens devront attendre pour en connaître l'impact. «L’année financière du COVAN [Le Comité organisateur de Vancouver] se termine le 31 juillet », dit VanWynsberghe. «Ils ne me laissent pas voir les chiffres avant cette date. » Quant à ses prévisions, VanWynsberghe suspecte que le  budget initial de 1,6$ milliards de COVAN était ambitieux, Vancouver va payer pour les Jeux olympiques pour un certain temps. Jusqu'à présent, les estimations disent que la ville a dépensé au moins 11,6$ milliards (à la fois en  construction et en exploitation), dont un montant estimé à 40$ millions sur les cérémonies d'ouverture et de fermeture seulement. Déjà, les attentes sont que le total sera beaucoup plus élevé, mais personne ne saura si Vancouver a dépassé le budget jusqu'à l'été. 

«Nous avons mis beaucoup d'argent dans les Jeux olympiques», ajoute-t-il, « mais nous avons aussi mis beaucoup dans la façon de tirer profit de cette opportunité. Nous allons devoir de l'argent, mais le succès de ce pour quoi nous avons dépensé l'argent fera peut-être que les gens seront d'accord. » VanWynsberghe se réfère à la stratégie du Vancouver's Green Capital, annoncée en 2009, comme une façon d'attirer les entreprises écologiques, en s'appuyant sur les Jeux olympiques pour se présenter comme un endroit où investir. Il y a aussi la possibilité d'entrer dans le circuit des méga-événements, après tout, ils disposent de l'espace et de l'expertise de planification.

«Nous avons fait un rapport d'impact pré-Jeux, examinant les indicateurs économiques de base », poursuit-il. « Il semble que les gens veulent venir ici pour des conventions et que les entreprises veulent  ouvrir dans la région de Whistler. Economiquement, Vancouver et Whistler sont des lieux où vous pourriez voir la croissance. Jusqu'à présent, le nombre d'entreprises dans la région métropolitaine de Vancouver a augmenté de 17 % et de 36% dans la région de Squamish-Lillooet. Certaines de ces entreprises vont peut-être disparaitre après les Jeux olympiques, mais nous ne le saurons qu’après ».

VanWynsberghe souligne un point important: nous ne connaîtrons l'impact économique que bien après la fin des Jeux. Alors pourquoi ne pas monter la vague des Jeux olympiques jusque là? L'optimiste pense que c’est un bon conseil. Les conditions sont réunies, nos athlètes ont gagné— et cela se poursuivra pendant les Jeux Paralympiques — et le monde nous observe. Mais alors que le Canada compte ses médailles, se délecte de la grandeur olympique et se prépare à laisser d'une fière tradition, nous nous souvenons que les actifs incorporels d'anticipation, d'exaltation et de patriotisme ont une valeur finie, et que le coût laisse un héritage aussi.

Par Jennifer Sorlie

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