Le Journal Canadien des Affaires - The Canadian Business Journal: Les enfants ne sont pas mal: Les enfants ne sont pas mal: -------------------------------------------------------------------------------- Par la fin d’octobre, les affaires étaient douloureusement lentes. Il n’y avait pas de revenue et en tant qu’employé subalterne, je savais que je serais mis à pied. Je devais commencer à chercher un nouvel emploi. Lorsqu’on m’a appelé pour une entrevue dans une agence de publicité, j’ai passé trois jours à me préparer. Je voulais être prêt. Au milieu de l’entrevue, le directeur de la création m’a demandé pourquoi je voulais quitter mon emploi actuel. Avant que je ne puisse lui expliquer que j’allais très probablement perdre mon emploi, il a ajouté « Vous autres, la génération Y, êtes connus pour passer d’un emploi à l’autre; les jeunes de votre âge ne s’engagent pas » Je n’étais pas prêt pour cela. En conclusion, je n’ai pas obtenu la position et deux mois plus tard, j’étais appelé dans le bureau de mon patron et mis à pied. En passant, le directeur de la création avait raison, du moins en partie. La génération Y— plus communément connue sous le nom de Millénaires — a une réputation collective pour changer d’emploi rapidement (en fait, un Millénaire moyen aura eu 10 à 14 emplois lorsqu’il prendra sa retraite). Mais ce n’est pas parce que les jeunes dans la vingtaine sont aujourd’hui déloyaux ou incapable de s’engager. Ray Williams, co-fondateur de « Success IQ University » et président de « Ray Williams Associates » croit que les Millénaires sont prêts à se dévouer à leur travail. Cependant, le monde des affaires va devoir redéfinir ce que la loyauté à une compagnie signifie. En tant que « coach » pour cadres et consultant en gestion, Williams voit la même éthique de travail inflexible chez les jeunes professionnels, mais avec des conditions. « Les choses ont changé », dit-il, « à une époque, les employés étaient loyaux à la compagnie peu importe la façon dont ils étaient traités. Le travail était une transaction—si les gens étaient payés en temps, ils restaient. Mais les Millénaires ne perçoivent pas le travail de cette façon. Pour eux, le travail est plus qu’un chèque de paie, cela doit en valoir la peine et ils doivent être traités comme des êtres humains. Et cela a changé les choses complètement. » Ils semblent exigeants? Peut-être. Mais n’interprétez pas mal les Millénaires; ils n’essaient pas d’être impolis ou subversifs. En réalité, ils agissent comme leurs parents aimants et protecteurs, des baby boomers, leur ont enseigné. Depuis leur naissance, les Millénaires se sont entendu dire qu’ils étaient spéciaux, méritants et capables de faire tout ce qu’ils voulaient. Le respect est seulement quelque chose qu’ils ont l’habitude d’obtenir—sans passer des années à faire leurs preuves. Les Millénaires sont certainement une force à ne pas ignorer. En tant que segment de la main-d’œuvre qui croît le plus rapidement, les Millénaires sont un groupe important et a le potentiel de transformer le milieu de travail traditionnel que nous connaissons ainsi que les styles de gestion. Ce n’est pas seulement leur nombre qui donnera aux Millénaires du poids dans le milieu du travail, mais également les positions qui devront être comblées dans les quelques années à venir. Les baby boomers commencent à prendre leur retraite et cela va rapidement créer un vide dans le milieu du travail. « La plupart des positions de leadership sont tenues par des gens qui pensent à prendre leur retraite bientôt. », explique Williams, « les Millénaires sont prêts à prendre leur place et assumer ces rôles de leadership à un plus jeune âge. Malgré le fait qu’ils n’ont pas 20 ans d’expérience, ils sont qualifiés, instruits et dans une situation idéale.” Qui sont-ils et que veulent-ils? Les Millénaires sont nés entre 1981 et 1999 et sont caractérisés par leur expertise technologique, leur confiance en soi et leur goût pour la collaboration. Plusieurs professionnels de cette génération ont fait des études supérieures et son donc moins à même de tolérer un style de leadership de haut en bas, qui favorise les ordres et le contrôle. À la place, ils veulent la possibilité de contribuer et d’obtenir un feedback de la part de la compagnie comme confirmation que celle-ci respecte leurs idées. Réellement, leurs demandes sont simples. Les Millénaires veulent une carrière qui en vaut la peine. De manière plus spécifique, Williams cite le « 2006 Cone Millennial Case Study ». En voici les conclusions: * 79% des Millénaires voulaient travailler pour une compagnie qui s’intéresse à des facteurs de performance autres que les profits, comme la responsabilité sociale ou la continuité. * 78% croyaient qu’une des raisons d’existence des entreprises était la responsabilité qu’elles avaient de faire une différence dans le monde. * 76% ont affirmé qu’ils refuseraient de travailler pour une compagnie qui était irresponsable ou n’avait pas le sens de l’éthique. « Ce sont des chiffres assez significatifs », note Williams. « C’est de cette façon que les Millénaires sont prêts à travailler. S’ils n’aiment pas cela, ils vont simplement s’en aller. » En plus d’une carrière qui en vaut la peine, les Millénaires veulent également une carrière qui leur permet de maintenir une vie personnelle. Au contraire des générations qui l’a précédé, ce groupe ne ressent pas le besoin de travailler 80 heures par semaine pour une compagnie; ils préfèrent travailler pour vivre plutôt que vivre pour travailler. Il semblerait que les Millénaires ont compris à un jeune âge qu’il y a d’autres choses dans la vie que le travail—une valeur dont l’émergence a été attribuée à la tragédie du 11 septembre 2001, un événement que les Millénaires ont vécu durant leur adolescence. Qu’en est-il de la productivité? Est-ce que moins d’heures au travail ne signifient pas moins de succès? Williams ne semble pas le croire. Non seulement les Millénaires sont hautement efficaces – une conséquence naturelle de la technologie – mais Williams réfère à une étude faite par «Worklife Institute » basé au Texas. Cette étude évalue la productivité. « Cette étude démontre qu’après un certain nombre d’heures de travail, la productivité diminue, plutôt que d’augmenter », reporte-t-il. « L’argument que les membres de la génération Y seront moins productifs s’ils veulent travailler seulement 30 heures par semaine ne tient pas vraiment la route », continue Williams. « C’est ce que vous faites avec le temps que vous passez au travail—pas le nombre d’heures que vous passez assis derrière votre bureau qui compte. Souvent, les patrons mesurent la productivité de cette façon et ce n’est pas une bonne mesure. Au Danemark, par exemple, ils travaillent beaucoup moins et ils ont une des productivités les plus élevées au monde. » En fin de compte, les Millénaires sont prêts à travailler fort, mais d’une façon différente. Williams résume cela de la façon suivante: « Ils vont être productifs s’ils croient que le travail qu’ils font signifie quelque chose, si leurs employeurs ne s’attendent pas à ce qu’ils consacrent leur vie au travail et si leur lieu de travail est structuré d’une façon qui démontre le respect. » Obtenir le maximum des Millénaires Gérer les Millénaires ne signifie pas nécessairement pourvoir à leurs moindre besoins. Certainement, ces jeunes professionnels peuvent apprendre beaucoup de leurs prédécesseurs. Plutôt, Williams suggère que les patrons considèrent le milieu de travail comme un lieu multi-générationnel et multinational et partent de ce concept. « Vous devez être ouvert à des formes diverses de livraison », explique-t-il, « la génération X et les Millénaires, par exemple, aiment recevoir de la formation via ordinateurs ou DVD, plutôt que d’avoir tout le monde assister à un séminaire en même temps. De cette façon, ils peuvent y référer à n’importe quel moment. Les baby boomers, cependant, semblent bien performer dans des rencontres face-à-face. Tout est dans la flexibilité. » Si les patrons sont intéressés à obtenir le maximum des Millénaires, ils pourraient commencer par structurer le travail de supervision autour d’équipes avec un leadership partagé, encourageant ainsi le travail d’équipe. De plus, ils pourraient implanter des heures de travail flexibles pour offrir un équilibre entre le travail et la vie personnelle. Peu importe la méthode, Williams croit que les patrons ont besoins d’être mieux renseignés sur la psychologie de la performance humaine. Une fois qu’ils ont compris comment les employés travaillent lorsqu’ils sont le plus heureux, ils ont compris ce qui les fait travailler le plus fort. « C’est seulement en comprenant les besoins humains de base, qu’un patron sera en meilleur accord avec les Millénaires », dit-il. Dans 20 ans... Que peut-on espérer du milieu de travail lorsque les Millénaires auront 20 ans d’expérience? Williams prévoit moins de niveaux de gestion dans une organisation, ainsi que des dirigeants qui travailleront en collaboration avec des équipes plutôt que d’avoir un rôle séparé. Il anticipe également une préoccupation au sujet des produits et services, ainsi que la façon dont ils rendent les communautés meilleures. Qui sait? Peut-être que les Millénaires ne seront pas aussi révolutionnaires qu’ils semblent vouloir l’être. Considérons les baby boomers. Ils ont commencé comme une génération de rébellion et de contre culture, mais lorsqu’ils ont atteint la quarantaine et la cinquantaine, ils étaient devenus propriétaires de ces viles corporations. Personne ne sait ce que les Millénaires deviendront avec l’âge. « Dans 30 ans, je vais revisiter tout cela pour voir si c’est encore vrai », s’esclaffe Williams. « Ayant dit cela, les membres de la génération Y présentent des caractéristiques distinctes dans leurs personnalités et leur vue du monde. Ils sont branchés 24 heures par jour, 7 jours par semaine, ils sont hautement qualifiés et leur besoin pour une communication constante est une différence significative des générations précédentes. Je crois que les organisations vont être dirigées d’une façon très différente. » Peu importe ce qui arrive, cela sera intéressant de voir si cette génération sera celle qui se montrera à la hauteur des attentes. Vous devez admettre que nous bénéficierions tous d’un meilleur équilibre entre le travail et la vie personnelle. Clause de non-responsabilité Bien qu’il y ait des tendances sociales qui semblent inclure chaque génération, soyez conscients du risque de discrimination en raison de l’âge. Après tout, chacun est unique et mérite d’être évalué sur la base de ses propres mérites. Au sujet de Ray Williams Ray Williams est le co-fondateur de « Success IQ University » et président de « Ray Williams Associates », des compagnies situées à Vancouver et à Phoenix et fournissant de la formation en leadership, en développement personnel et des services de «coaching » pour cadres. Ray a été un PDG et un cadre en ressources humaines, un consultant en gestion, un formateur et un «coach » pour cadres pour les 30 dernières années. Il écrit des chroniques pour le National Post, Fast Company et Psychology Today et est un orateur en demande à travers l’Amérique du Nord sur des sujets tels que le milieu travail, le leadership et le développement personnel.